L’Homme et l’humus – II

Au Château Beauregard Mirouze dans les Corbières, nos interventions culturales ont pour objectif le développement de la vie dans nos parcelles : des sols vivants pour élaborer des vins vivants.
Nous allons présenter en trois volets les choix que nous avons réalisés pour réactiver la vie dans nos sols.

  • Première partie – Le compostage de nos vignes – un article publié le 4 avril 2014.  La fertilisation organique de nos vignes est exclusivement réalisée à partir de compost : depuis 2001 nous n’employons plus d’engrais chimiques et 2009 marque l’arrêt de l’utilisation systématique des engrais organiques.
  • Deuxième partie (cet article) – L’élaboration de notre propre compost.

    Notre compost est directement élaboré au domaine à partir de marc de raisin (origine 100% viticole). C’est une démarche qui nous permet de garantir la traçabilité de la matière première utilisée, de maîtriser le coût de fabrication et de limiter l’empreinte écologique du process de fabrication.

  • Troisième partie (à paraître) – Notre travail du sol vivant. Le compost ne fait pas tout : pour préserver la partie vivante du sol, l’humus doit être travaillé avec délicatesse. Dans le souci de préserver les organismes vivants du sol, nous conservons le plus longtemps possible de l’herbe dans nos vignes.

Le mini album photo ci-dessous vous présente la ventilation du compost une étape essentielle de son élaboration.

A Beauregard nous élaborons notre propre compost. Pourquoi ?

Pour maîtriser l’impact environnemental

La matière première avec laquelle nous élaborons notre compost provient de la distillerie du village d’Ornaisons (Distillerie coopérative Sud Languedoc) qui est localisée à quelques kilomètres de notre exploitation. Cette proximité permet de réduire les trajets des camions qui nous livrent le marc de raisin. Dans ce circuit hyper-local, nous sommes acteurs au départ de la chaîne (la matière première de la distillerie correspond aux sous produits de la vinification des vignerons des environs) et en bout de chaîne (la matière première que nous utilisons pour élaborer notre compost correspond aux sous produits de la distillation). La boucle est bouclée.

Notre compost fermier est élaboré à partir des sous produits d’une distillerie qui exploite elle-même les sous-produits de nos voisins vignerons. Aucun compost industriel ne peut se prévaloir d’être élaboré sur un circuit aussi court.

Nervures - une photo du jour publiée dans notreblog

Nervures – une photo du jour publiée dans notre blog le 4 juillet 2014

Pour maîtriser l’origine de la matière première

Nous avons une garantie absolue sur la provenance de la matière première et pouvons en certifier la composition. C’est un aspect essentiel car de fortes suspicions pèsent sur l’origine des matières premières utilisées dans les composts industriels. Notre objectif est de produire un compost exempt de métaux lourds et d’antibiotiques et à faible pouvoir fertilisant (nous recherchons surtout à élaborer de l’humus, c’est-à-dire de la matière organique stable). Ces objectifs excluent de facto les sources à l’origine de nombreux composts industriels : boues  des stations d’épuration urbaines, fumiers de stabulation d’élevages intensifs, sites d’équarrissages.

Notre compost fermier est élaboré à partir d’une matière première dont on peut garantir l’origine et la formulation, ce qui n’est pas le cas pour la majorité des composts industriels.

Une photo du jour publiée dans notre blog

Le jardin est prêt – Une photo du jour publiée dans notre blog le 21 février 2014

Pour maîtriser les coûts de production

La première année, nous avons fait sous-traiter l’épandage du compost (la mise en place du compost dans les vignes). Deux problèmes se sont alors posés. Premier problème : l’épandeur était un engin très  lourd qui s’est avéré être un formidable compacteur de sol.  Second problème : le coût de revient très élevé de la prestation. Nous avons décidé l’année suivante de prendre directement en charge le chantier de compostage. Cette expérience réussie, il nous est apparu évident que nous devions aller encore plus loin en prenant également en charge le chantier d’élaboration du compost.

Il nous aura suffit de mettre les doigts dans le cambouis pour comprendre que le chantier d’élaboration du compost n’est pas plus compliqué que le chantier d’épandage du compost.

Une photo du jour publiée dans notre blog

Compost = amendement organique ! – une photo du jour publiée dans notre blog le 27 mars 2014

Le procédé en œuvre à Beauregard

La fermentation en œuvre dans le processus d’humification est réalisée par des bactéries qui consomment de l’oxygène (fermentation aérobie). Pour passer du stade « marc de raisin en fermentation » au stade « compost », il est nécessaire d’aérer régulièrement la matière. Nous réalisons cette aération en chargeant le marc en fermentation dans un épandeur qui émiette la matière ce qui a pour effet de l’oxygéner. La fermentation provoque une montée en température du compost (jusqu’à 70 °). Nous mesurons régulièrement la température au cœur du tas de compost et la courbe d’évolution de la température nous informe sur la cinétique de la fermentation. Nous déclenchons un chantier d’aération de l’andain dès que nous constatons que la température de fermentation baisse .

Le compost est obtenu à partir d’une fermentation sur laquelle nous intervenons en oxygénant le marc en fermentation.

Une photo du jour publiée dans notre blog

Lombriconstrictor – Une photo du jour publiée dans notre blog le 8 avril 2014

D’autres matières premières ?

Dans l’avenir, nous pensons intégrer d’autres composants dans l’élaboration de notre compost. La maîtrise de l’impact écologique du produit que nous élaborons restera un pré-requis : les sources d’approvisionnement de la matière première qui sera employée devront toujours s’inscrire dans un circuit hyper-local.

  • D’autres matières végétales pour diversifier les sources de matière organique. (broyats végétaux, pailles et fumiers)
  • De la matière minérale. Nos vignes sont implantées sur des grès qui sont des sols acides. Lorsqu’elle est trop marquée cette acidité nuit au bon fonctionnement de la vie dans le sol. Il convient donc de corriger l’acidité sur les premiers centimètres du sol (la fraction « humigène »). Cette opération (appelée chaulage) est classiquement réalisée en agriculture en épandant de la chaux dans le sol. Or, une carrière est implantée à 6 km de Beauregard qui exploite un massif calcaire. Les premières analyses que nous avons réalisées sur des broyats des roches de cette carrière (correspondant aux sous-produits de l’exploitation qu’elle fait de la roche) les rendent parfaitement apte à l’épandage en vue de corriger l’acidité du sol.
Nous avons de nombreuses pistes pour diversifier, dans l’avenir, la composition du compost que nous élaborons. Les sources d’approvisionnement que nous choisirons devront toujours s’inscrire dans un circuit hyper-local pour ne pas dégrader l’empreinte écologique de notre compost fermier.

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